Comme il est d'usage dans l'association Accordéons en Accord de baptiser les
accordéons, voici l'histoire (vraie) de "Charlemagne", contée par Paskal
Hervio, un de nos élèves diatonicistes. (Flo Pinvidic)
_
CHARLEMAGNE

Quelle idée d’appeler un accordéon « Charlemagne » !
D’abord son grand âge : 60 ans sonnés tout de même…
Ses origines : la Forêt-Noire, ses pâtisseries, sa clinique, ses usines
Hohner. J’ose croire que le Grand Charles était né par là-bas aussi…
Son époque : l’après-guerre, 1947 plus exactement. L’Allemagne
refroidit les cendres de son tonton Adolf, vaille que vaille…
La petite histoire derrière la grande histoire : en 1947 l’armée
française est en « occupation » en Allemagne suite à des évènements
récents et néanmoins belliqueux. « Nos » troupes sillonnent le pays
et inspectent ce qui s’y trame, ce qui s’y fabrique aussi.
Voici Monsieur LEMAGNY, officier français de son état, en visite dans les
usines Hohner de Trossingen en Bad Würtemberg.
Simple routine. Il est accueillit par le maitre des lieux : Herr Hohner
en personne. Le courant passe bien entre les deux hommes. Avant de se quitter
Monsieur Hohner demande à Monsieur Lemagny s’il a des enfants. Jawohl, Lemagny
a un jeune fils.
Et bling ! un bedit gadeau bour le bedit garçon : ein aggordéon
2915.
Fils de militaire, l’enfant connait bien la musique. Il écrit
consciencieusement avec un crayon bien taillé sur chacune des touches de la
première rangée : do-ré-mi-fa-sol-etc…, puis sur la deuxième rangée :
do dièse-ré dièse-mi dièse-etc…
L’enfant n’arriva sans doute à tirer aucun air de cet instrument de teutons,
et Charlemagne s’endormit sur un haut d’armoire pendant 60 ans.
C’est l’instrument qui me fut confié. Comment ? Cela est l’objet d’une
autre histoire… En 60 ans, Charlemagne n’avait même pas pris la poussière.
Seules, les membranes en cuir avaient desséché, et la colle des sommiers mal
vieilli. Il soufflait comme une forge ! Je le confiai à Thierry Beuze qui
le fit chanter avec un léger vibrato en sol /do, lui qui était né en do/fa. De
plus il l’équipa de bretelles. Ce ne fut pas pour faire plus « armée
allemande », mais pour mon confort personnel…
Paskal
